15h40 : Vendredi Saint à Dublin

Jeudi, quatre heures du matin. A peine 36 heures après avoir posé mes bagages, il est temps de repartir. Avec Arno, Fougan et son épouse, nous filons bon train vers Beauvais pour attraper un vol programmé ridiculement tot. Direction : Dublin et son mythique Irish Open annuel : le plus vieux tournoi d’Europe, les amis ! Mais pour l’instant, je suis au comptoir d’enregistrement en train d’essayer d’expliquer que non, je ne suis pas en possession de faux papiers, c’est juste qu’ils sont un peu défraichis. Un policier arrive pour ausculter ma carte d’identité, et finit par me laisser passer. Fougan, lui, doit casquer 50 euros pour un excédent de bagages. Et ce n’est pas fini puisque la file d’attente pour passer la sécurité fait environ 200 mètres de long. On commence déjà à se demander si on arrivera à attraper le vol. Tout rentre dans l’ordre quand nous sommes directement appelés par un agent de sécurité. Nous passons devant tout le monde et embarquons pile à l’heure Conclusion : Ryanair à Beauvais, ça à l’air bordelique, mais c’est en fait très organisé.

Atterrissage en Irlande, et première constatation en sortant : la vache, ce qu’il fait beau ! Le temps est suberbe, un solide 20 degrès et un soleil radieux. Je commence déjà à aimer Dublin. Encore plus quand après 35 mn de conduite (à gauche) depuis l’aéroport jusqu’a l’hotel, le chauffeur ne nous demande qu’un petit 24 euros. C’est le prix de deux courses de 5 mn à Monte-Carlo…

Le Burlington Hotel (où se déroule le tournoi) ne paie carrément pas de mine vu de l’extérieur, mais une fois rentré, c’est une autre histoire. L’atmosphère est chaleureuse dans le hall d’entrée qui comprend un bar et un restaurant, et le personnel tout à fait accueillant. Chaleureux, accueillant… Autant vous prévenir tout de suite, ces mots reviendront souvent dans le coverage qui va suivre…

Parce que l’Irish Open, c’est avant tout une affaire de camaraderie et d’amitié. Un peu d’histoire. En 1979, le bookmaker Irlandais Terry Rogers revient de Las Vegas. Il a assisté, fasciné, aux World Series of Poker au Binion’s Horseshoe. Pour lui, l’idée s’impose d’elle-meme : il est urgent de recréer la meme chose en Europe. L’année suivante, l’Irish Open était né : un rassemblement convivial de joueurs, sportifs, parieurs de toute sorte. Terry Rogers avait une excellente réputation auprès des joueurs de poker de Las Vegas : chaque année, il leur offrait des cotes excellentes lors des WSOP, meilleures que celles des bookmakers locaux. Les Yankees lui retournèrent la faveur en traversant chaque année l’Atlantique pour participer à l’Irish Open. Gardez à l’ésprit qu’a l’époque, les joueurs de Las Vegas ne quittaient jamais leur pays, et ne se frottaient presque jamais à une compétition étrangère… Doyle Brunson, Amarillo Slim, Stu Ungar, Chip Reese… ils sont tous venus pour les premières éditions au début des années 80. Terry nous a malheureusement quittés il y a quelques années, il serait fier du résultat. Depuis la première édition au début des années 80, jouée dans un deux-pièce en banlieue Dublinoise, jusqu’a cette présente édition, qui verra au départ pas moins de 700 joueurs !

C’est ainsi que le plus vieux festival de poker d’Europe, et par conséquent le plus vieux tournoi au monde après les WSOP est aujourd’hui incontournable auprès de bien des joueurs… Il y a quelque chose de particulier qui flotte dans l’air içi… Un parfum convivial. La camaraderie domine chez les vieux briscards Irlandais qui ne manqueraient pour rien au monde l’Irish Open. On dit souvent que le pire jour de l’année pour un joueur de poker est celui où il est éliminé des WSOP… Içi en Irlande, le pire jour de l’année est celui où vous quittez l’Irish Open après avoir perdu votre dernier jeton !

Hier soir, j’ai été chercher mon passe Presse, et j’ai appris à cette occasion qu’un tournoi Média était organisé. Très sympathique, me dis-je, allons-y. Une fois assis à la table en compagnie de mes semblables, qu’elle n’est pas ma surprise quand je constate que les organisateurs ont mis en jeu un siège pour le Main Event, rien que pour nous, journalistes ! Wow, il va falloir s’arracher. Il y a meme un petit 500€ en prix de consolation pour la seconde place. Nous sommes 66 autour des tables, parmi lesquels Jesse May, l’équipe BlondePoker, Owen de PokerListings, et d’autres dont Roy “the boy” Brindley qui est à ma gauche et n’arrete pas de relancer.

Je touche pas mal de jeu, dont plusieurs AK et KK qui ne sont jamais payés. Je monte quand meme un tapis, mais finirai par m’incliner en 19e place, après un 50/50 perdu. Je donne 20 euros à Snoopy : il est le dernier survivant de notre last-longer entamé avec Jennifer, Dana (de Blonde), Arno et moi. Consolation : la bière est offerte aux médias dans le pub de l’Hotel ou nous passerons le reste de la soirée.

Ce qui nous amène aujourd’hui, jour du départ du tournoi, traditionnelement prévu le jour de Vendredi Saint. Les coutumes ont la vie dure içi en Irlande : la consommation d’alcool est officiellement interdite dans les pubs pendant toute la journée. En meme temps, nous sommes coincés dans la salle de tournoi jusque quatre heures du matin minimum, cela ne devrait donc pas etre un gros problème.

Il est 15h48, le tournoi va commencer dans quelques minutes. Fougan et Pascal Perrault seront au départ pour représenter la Team770. Les premières infos tomberont dans quelques minutes : à tout de suite !

Benjo