Attention, ce post contient une histoire de bad-beat

Mercredi, 15h. Je suis assis en terrasse de la Fontana Room. La température est tout ce qu’il y a de plus agréable pour un mois de décembre. Devant moi, les fontaines viennent de se mettre en branle, au son de l’hymne Américain. Paie ton ambiance. A l’intérieur, le dernier satellite pour le Main Event est en cours. Il est archi complet, et des dizaines d’alternates (les joueurs qui rentreront en cours de partie pour remplacer les premiers éliminés) prennent leur mal en patience. Il y aura un peu plus de 55 places à prendre pour le big one, soit un peu plus que pour le satellite d’hier. Et là, je le dis, comme ça, à brule pourpoint : wow !

Reprenons le cours de mon récit interrompu samedi. Dimanche matin, au saut du lit, j’avale mon petit dèj’ et je prends la voiture pour une petite ballade. Le fait d’habiter chez Fabrice, dans un quartier résidentiel typiquement américain à 15 bornes du centre, me rappelle qu’il y a une vie en dehors du strip,  ses méga hôtels et ses touristes en chemise à fleurs. Saviez vous que derrière les façades des casinos se cachait une vraie ville, tout ce qu’il y a de plus banale ? En fonçant à travers les gigantesques boulevards, je découvre, médusé, qu’a Végas, il y a aussi des hôpitaux, des bibliothèques et des bâtiments administratifs. Il parait même qu’il y a des gens içi qui s’en foutent pas mal du jeu et qui n’ont jamais mis les pieds dans un casino. Je n’en reviens pas. Ces gens là vivent une vie normale en tant qu’employés de banque, caissiers ou vendeurs de disques.  Comment est-ce possible ? Un mot sur les routes : si la conduite sur le strip, toujours embouteillé, est un vrai calvaire, quel pied de rouler à tombeau ouvert sur les larges autoroutes ! La location n’est pas trop onéreuse (comparée aux courses en taxi qui s’additionnent rapidement), donc je ne peux que conseiller à ceux qui songent à visiter Vegas pour plus d’une semaine de choisir cette option. Quelle liberté ensuite ! Evidemment, vous ne trouverez que des voitures à boite de vitesse automatique, mais c’est très simple à maîtriser, en fait. L’inconvénient, évidemment, est la nécessité d’avoir un capitaine de soirée pour les sorties en boite (à moins que vous n’aimiez roulé bourrer dans un pays ultra-sécuritaire, c’est vous qui voyez)

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Des bouchons, des grosses bagnoles, et un New York en carton à l’horizon : pas de doute, on est bien à Vegas

Après un détour au Mandalay Bay pour une visite chez mon magasin préféré de Vegas (l’Urban Outfitters : gadgets débiles, bouquins délirants et fringues branchées : comment joindre le futile à l’agréable), je me rends au Bellagio. Un conseil : donner sa voiture au valet de l’entrée nord (2$ de pourboire), qui vous amène directement à la poker room.

La finale du 3000$ bat son plein. La top model Erica Shoenberg en est, et sur le coté, son compagnon, qui n’est autre que le français David Benyamine, la couve du regard et lui prodigue quelques conseils, qui doivent sûrement être de bon aloi. Enfin, j’imagine. Vu ses résultats ahurissants à la 4000 8000 contre les plus gros joueurs de la planète, David doit quand meme savoir deux ou trois trucs à propos du poker.

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Erica Shoenberg

Les stars européennes commencent à arriver en nombre. Les meilleurs joueurs Outre Atlantique ne peuvent manquer ce déplacement. Surinder Sunar, les frères Boatman, Jan Slavik, Rolland de Wolfe (sacré meilleur joueur de l’année sur notre continent), William Thorson… et bien d’autres. J’aurai le temps d’y revenir pendant la couverture en direct du tournoi.

Ayant moi-meme faim d’action, je parcours les cinq minutes de marche qui me séparent du Caesar’s Palace, juste à coté. La salle du Bellagio est bien trop encombrée, alors que dans le Palace Romain, on me trouve un siège en no-limit 1 – 2 $ en moins de dix minutes. A l’intérieur du plus ancien mega-resort du strip, la salle de poker à été entièrement rénovée. Elle est gigantesque, et occupe un pan entier du casino, à l’écart du bruit et de la fureur des machines à sous, ce qui est fort agréable. Après la récession pokérienne du début des années 90, où les salles de poker de la ville fermaient les unes après les autres, l’explosion du jeu en ligne a fait revenir les casinotiers dans la partie : c’est un concours pour qui construira la plus belle, la plus grande, la plus calme et la plus accueillante salle. Je m’assois, et après quelques minutes reçois une belle paire de dames en main. Je lance une mise standard de 15$, et suis payé par le petit blind, un joueur loose et assez dur à coucher, d’après ce que j’ai vu sur les premières mains. Le flop apporte un As et il mise immédiatement 25$. Je ne trouve pas d’assez bonne raison pour penser que j’ai encore la meilleure main à ce stade, et donc je passe. Ca commence bien : on va me prendre pour un petit bras. Deux mains plus tard, je paie une relance à 12 avec « presto », la paire de 5, et quatre autres joueurs font de meme. Nous sommes donc cinq pour voir le flop As – Dix – Cinq avec deux piques. Un flop quasi parfait : l’un des gugus en face à forcément à As, seul les piques peuvent me faire peur, mais pour l’instant, je suis presque sur d’etre devant. Ca check et je mise un petit 20, histoire de pas casser le fil. Ca ne loupe pas, on me relance direct tapis, que je paie allongé sur la table (je suis trop fainéant pour me mettre debout.) Le mec a une main légitime : As-10, et n’est donc pas « drawing dead », ce qui m’ennuie un peu. Heureusement, le turn et la river sont des briques, et je double donc mon tapis. Une heure et demie plus tard, je suis gagnant de 130$. Je commence à m’ennuyer (je n’ai jamais su tenir bien longtemps à une table de cash.) et je décide donc de me lever une fois que j’aurai joué les trois coups gratuits qu’il reste avant le gros blind. Erreur, fatale erreur. Le croupier me file aussitôt KK, et je vais donc m’empresser de livrer mon tapis à un enofoiré détenant AA. Pour remuer le couteau dans la plaie, le flop apporte un Roi, qui ne peux pas faire grand-chose contre l’As qui suit immédiatement. Bordel ! (Oui, c’est la bad beat story mentionnée dans le titre. Comment ça, c’est pas un bad beat ? Allez vous faire voir, manants.)

Non, non. Reste calme. Apprends à aimer perdre. La suite, plus tard cette nuit là, se déroulera au Bellagio et ne sera pas plus glorieuse. La limit 4 – 8$ n’est pas bien méchante, mais ce n’est pas non plus fish-land. Je lacherai 90$ sans forcer, en moins de deux heures. Mais je ne suis pas trop amer, ce coup-ci : je n’avais joué en limit en live auparavant, et j’ai appris pas mal de trucs. Evidemment, j’aurais aimé pouvoir raconter que j’ai gagné des millions, comment j’ai fété ça toute la nuit au Spearmint Rhino, et tout ça, et tout ça. Bon, ce sera pour la prochaine fois. Dans le chapitre « récits de fiction ».

A suivre

Benjo